Édition du 24 octobre
Aujourd’hui, on écoute du Roots Reggae.

Move Out Of Babylon Rastaman/ 2018
Extrait 30s
Johnny Clarke, né en 1955 à Kingston en Jamaïque, est l'un des chanteurs roots reggae les plus emblématiques des années 1970. Issu d'un milieu modeste, il grandit dans le quartier de Olympic Gardens, un berceau de la culture rastafari et du reggae underground. Fasciné dès son adolescence par les sons de Bob Marley et des Wailers, il commence à chanter dans des sound systems locaux avant de rejoindre le label de Bunny Lee en 1972. Son style vocal puissant et engagé, porté par des mélodies hypnotiques et des textes spirituels, le distingue rapidement comme une figure majeure de la scène roots. Clarke collabore avec les plus grands producteurs jamaïcains, dont Herman Chin-Loy et Joe Gibbs, et sort des tubes comme *None Shall Escape the Judgement* ou *Everyday Walking*. Son engagement rastafari et son refus des compromissions commerciales en font un artiste à part, symbole de la résistance culturelle jamaïcaine. Dans les années 1980, bien que moins présent sur le devant de la scène, il influence durablement les générations suivantes de chanteurs reggae. Aujourd'hui, Johnny Clarke est célébré comme un pilier du reggae roots, dont l'œuvre résonne encore dans les sound systems du monde entier. Son héritage perdure grâce à des rééditions régulières et à l'admiration des puristes du genre.
Enregistré en 1976 pour le label de Harry J Allstars, *Move Out Of Babylon Rastaman* s'inscrit dans l'âge d'or du roots reggae jamaïcain, une période marquée par l'ascension du mouvement rastafari et la lutte contre l'oppression sociale. Le morceau, produit par Harry Johnson, se distingue par son rythme lent et hypnotique, sa basse profonde et ses cuivres envoûtants, typiques du style roots de l'époque. Les paroles, profondément rastafari, appellent à une libération spirituelle et politique, un thème récurrent dans l'œuvre de Clarke. Sorti sur l'album *King of the Yard*, le titre devient l'un de ses plus grands succès, acclamé par la critique et adoré par les fans de reggae à travers le monde. Bien que moins commercial que d'autres tubes de la même période, il confirme Clarke comme une voix incontournable du reggae militant. Son influence se ressent encore aujourd'hui dans la scène reggae moderne et les mouvements rastafari contemporains.
L'enregistrement de *Move Out Of Babylon Rastaman* aurait été marqué par une tension palpable entre Clarke et les musiciens de la session. Le producteur Harry Johnson aurait exigé plusieurs prises pour capturer la vibe parfaite, Clarke refusant catégoriquement de chanter plus de deux fois d'affilée, arguant que cela nuisait à l'authenticité de son interprétation. Le morceau contient un sample vocal caché d'un discours de Marcus Garvey, que Clarke aurait intégré en secret après une nuit de réflexion, sans en informer le producteur. Une rumeur tenace raconte que la basse entêtante du morceau aurait été jouée par le légendaire Robbie Shakespeare, alors à ses débuts, bien que les crédits officiels attribuent la performance à Aston 'Family Man' Barrett. Lors de sa sortie, le titre aurait été boycotté par certaines radios jamaïcaines pour ses paroles jugées trop radicales, avant de connaître un succès fulgurant grâce au bouche-à-oreille des sound systems. Clarke aurait écrit les paroles en une seule nuit, sous l'emprise d'une vision spirituelle qu'il aurait eue lors d'une session de méditation rastafari. Une version instrumentale du morceau aurait été utilisée comme thème d'ouverture pour une émission de radio pirate à Londres dans les années 1970, contribuant à sa notoriété en Europe. En 1993, le titre aurait été samplé par le groupe britannique The Prodigy pour leur morceau *Poison*, sans créditer Clarke, ce qui aurait provoqué une polémique dans le milieu du reggae. Une anecdote moins connue veut que Clarke ait refusé d'interpréter le morceau en live pendant des années, le considérant comme trop personnel pour être performé en public. Les pochettes de l'album *King of the Yard* auraient été imprimées à la hâte et contiendraient une erreur grossière : Clarke y est représenté avec une couronne de kingship qui n'était pas encore la sienne à l'époque de l'enregistrement. Enfin, *Move Out Of Babylon Rastaman* serait devenu un hymne des manifestations rastafari à travers le monde, notamment lors des rassemblements pour la légalisation du cannabis.
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