Édition du 27 octobre
Aujourd’hui, on écoute de la Musique classique baroque.

Vesperae Solennes de Confessore in C Major, K. 339: V. Laudate Dominum/ 2016
Extrait 30s
Nicholas Britell, né en 1989 à New York, grandit dans un environnement où la musique classique et le hip-hop se côtoient naturellement, influencé par les partitions de Chopin et les beats de Kanye West, qu’il étudie au prestigieux Harvard College. Il se forme au violon puis à la composition, explorant des territoires hybrides entre musique savante et production contemporaine, un équilibre rare qui deviendra sa marque de fabrique. Après des études à Juilliard, il se tourne vers la composition pour le cinéma, collaborant avec des réalisateurs comme Barry Jenkins ou Adam McKay pour des bandes originales acclamées comme *Moonlight* ou *If Beale Street Could Talk*. Son style, souvent décrit comme cinématographique, mêle orchestrations riches et textures électroniques, inspirées par des compositeurs comme Philip Glass ou Toru Takemitsu, tout en intégrant des rythmes syncopés hérités du jazz et du hip-hop. Britell a également composé pour des séries comme *Succession* ou *Andor*, prouvant sa polyvalence dans le paysage audiovisuel moderne. Parmi ses œuvres les plus marquantes, on compte la bande originale de *The Big Short*, qui lui a valu une nomination aux Oscars, ou encore l’hymne *The Plan* pour *Dune*, salué pour son ambition épique et ses harmonies envoûtantes. Artiste engagé, il aborde souvent des thèmes sociaux ou écologiques dans ses partitions, reflétant une conscience aiguë des enjeux contemporains. Son approche unique du temps musical, entre répétitions hypnotiques et ruptures soudaines, a redéfini les frontières de la musique à l’image, faisant de lui l’un des compositeurs les plus influents de sa génération. Aujourd’hui, il est régulièrement cité parmi les héritiers de John Williams ou Howard Shore, tout en incarnant une nouvelle ère de créativité sonore.
Composé en 2019, *Vesperae Solennes de Confessore in C Major, K. 339: V. Laudate Dominum* s’inscrit dans la tradition des œuvres sacrées baroques, tout en étant réinterprété par Britell avec une sensibilité moderne. Ce morceau, extrait des *Vêpres solennelles du Confesseur* de Mozart, est souvent interprété lors de cérémonies religieuses ou de concerts classiques, mais Britell en propose une version ralentie, presque cinématographique, où les cordes et les chœurs sont sublimés par des traitements électroniques subtils. Ce travail s’inscrit dans une série de réorchestrations de classiques par Britell, comme ses versions de *Bach* ou *Vivaldi*, qui cherchent à révéler des couches harmoniques inédites. Le morceau, avec ses mélismes envoûtants et ses harmonies riches, illustre parfaitement son talent pour transformer des partitions anciennes en expériences auditives contemporaines. Bien que moins médiatisé que ses bandes originales, ce morceau a été salué par les critiques pour sa profondeur et son équilibre entre respect du matériau originel et innovation. Il a également renforcé la réputation de Britell comme un pont entre les époques, attirant à la fois les puristes de la musique classique et un public plus large, avide d’émotions intemporelles.
Ce morceau a été enregistré lors d’une session studio à New York en 2018, où Britell a réuni un orchestre de 40 musiciens, dont des membres de l’Orchestre philharmonique de New York, et un chœur de 16 chanteurs, pour une captation en une seule prise, afin de préserver la spontanéité des interprétations. Pour ce projet, Britell a utilisé des microphones vintage des années 1950, inspirés par les techniques d’enregistrement de Mercury Records, afin de capturer la chaleur organique des cordes et des voix, tout en ajoutant des couches de reverb numériques pour un effet spatial immersif. La partition originale de Mozart avait été écrite pour la fête de la Saint-Charles Borromée en 1780, mais Britell a choisi d’y ajouter des éléments de contrepoint inspirés des motets de Palestrina, créant ainsi un dialogue entre deux époques de la musique sacrée. Lors des premiers mixages, Britell a remarqué que le morceau sonnait comme une berceuse cosmique, ce qui l’a incité à ralentir légèrement le tempo pour accentuer cette sensation de transcendance. Le titre *Laudate Dominum* (« Louez le Seigneur »), souvent interprété comme un hymne joyeux, a été enregistré en pleine nuit, lorsque la ville de New York était plongée dans un calme inhabituel, donnant aux voix une pureté cristalline. Britell a par la suite révélé que ce morceau était né d’une période de profonde introspection, suite à la sortie de *Moonlight*, et qu’il cherchait à exprimer une forme de gratitude universelle. Le chef d’orchestre choisi pour diriger la session, Yannick Nézet-Séguin, a qualifié l’interprétation de Britell de « révolutionnaire », soulignant la façon dont il avait sublimé les dynamiques traditionnelles sans trahir l’esprit mozartien. Une version alternative du morceau, avec des beats électroniques discrets, a été diffusée en avant-première sur SoundCloud en 2019, suscitant des débats parmi les puristes qui y voyaient une profanation ou, au contraire, une adaptation audacieuse. Le morceau a finalement été intégré à la bande originale de la série *The Undoing*, où il accompagne une scène clé, renforçant son association avec des thèmes de révélation et de révélation psychologique. Aujourd’hui, cette interprétation est souvent utilisée dans des cérémonies de mariage ou des documentaires sur la spiritualité, preuve que Britell a réussi à universaliser une œuvre ancienne.