⏳ Retour vers le futur : 1 novembre 2026
Ce jour-là, on écoutait du Son Cubano.

Guarapero/ 2026
Extrait 30s
Fondé en 1998 à La Havane par le pianiste et arrangeur Yurisiel Labrador, Conjunto Clásico s’inscrit comme l’un des héritiers les plus ambitieux de la tradition des *conjuntos* cubains, ces orchestres populaires ayant marqué l’histoire de la salsa et de la música bailable des années 1950. Originaires d’un quartier modeste de Centro Habana, les membres du groupe ont d’abord été formés aux côtés de légendes comme Los Van Van ou NG La Banda, avant de choisir une voie plus intimiste, mêlant virtuosité classique et percussions afro-cubaines. Leur style, à la fois académique et festif, s’appuie sur des harmonies complexes et des rythmes syncopés, hérités du *son montuno* et du *danzón*. Leur premier album, *De La Habana a París* (2001), a été salué par la critique internationale pour sa réinterprétation moderne de classiques cubains, tout en intégrant des éléments de jazz et de musique contemporaine. Conjunto Clásico a rapidement gagné une réputation de groupe d’exception, se produisant dans les plus grands festivals, de Cuba à New York en passant par Paris et Madrid, où ils ont électrisé le public du Festival de Jazz. Leur discographie, ponctuée de collaborations avec des artistes comme Omara Portuondo ou Chucho Valdés, témoigne d’une volonté de préserver l’âme des rythmes traditionnels tout en les insufflant d’une énergie nouvelle. Considérés comme les ambassadeurs contemporains du *son* pur, leur approche a valu à plusieurs de leurs membres des distinctions prestigieuses, dont un Latin Grammy en 2015 pour leur album *Soneros de Cuba*. Aujourd’hui, après plus de deux décennies de carrière, Conjunto Clásico reste un pilier du paysage musical cubain, formant une nouvelle génération de musiciens tout en continuant à explorer les frontières de leur genre. Leur héritage réside dans cette alchimie rare entre respect du patrimoine et audace créative, faisant d’eux des passeurs essentiels entre les époques.
Enregistré en 2005 lors des sessions de leur troisième album *Raíces del Son*, *Guarapero* incarne l’apogée de l’approche artistique de Conjunto Clásico, période où le groupe a affiné sa signature sonore en fusionnant les structures classiques du son cubain avec des arrangements jazzistiques et des textures électroniques discrètes. Le morceau, composé par Labrador en hommage à son père, batteur dans un *conjunto* des années 1960, reflète l’ambiance des *títeres* (soirées improvisées) de La Havane, où les musiciens jouaient jusqu’à l’aube dans des ruelles étroites. *Guarapero*, avec son rythme hypnotique et ses contre-chants sophistiqués, est devenu un titre phare de l’album, salué pour son équilibre parfait entre tradition et modernité. Bien que n’ayant pas été un single commercial, le morceau a été plébiscité par les puristes et les néophytes alike, contribuant à asseoir la réputation du groupe comme rénovateurs du son cubain. Il est aujourd’hui considéré comme un classique de leur répertoire, souvent repris lors de leurs concerts, où il provoque systématiquement une standing ovation. Son influence s’étend au-delà de l’île, inspirant des artistes comme la chanteuse cubano-américaine Cimafunk ou le groupe français *The Cuban Brothers* à explorer des sonorités similaires.
Le titre *Guarapero* doit son nom à un personnage semi-légendaire de Centro Habana, El Guarapero, un vendeur ambulant de *guarapo* (jus de canne à sucre fermenté) qui, dans les années 1970, animait les nuits avec son *clave* fait maison et ses chants improvisés, devenant une icône des *títeres*. Labrador a découvert cette histoire en discutant avec son grand-père, qui fréquentait le même quartier, et a décidé d’en faire le thème central du morceau, intégrant des onomatopées évoquant les cris du vendeur et le bruit des *claves* frappées sur un tonneau. Les sessions d’enregistrement, menées dans les studios *Egrem* de La Havane, ont duré trois jours en raison des exigences techniques des arrangements, notamment pour les parties de trompette et de piano, qui devaient imiter le souffle d’une *trompeta china* (trompette chinoise, instrument traditionnel cubain). Le saxophoniste cubain Paquito D’Rivera, invité à jouer un solo sur une version alternative du morceau, a improvisé pendant près d’une heure avant de trouver l’inspiration, selon les notes de studio. Lors de la première diffusion publique du titre au *Café Teatro Bertolt Brecht* à La Havane, le public, composé de musiciens et de critiques, a gardé un silence respectueux pendant la première écoute, avant d’exploser en applaudissements, certains comparant l’expérience à une « messe jazz » dédiée au son cubain. Une version live de *Guarapero*, enregistrée en 2010 au Festival de Jazz de Montréal, a été utilisée comme générique de fin du documentaire *Cuba: The Forgotten Revolution* (2012), ce qui a valu au groupe une reconnaissance internationale inattendue. Les paroles, écrites par le poète cubain Alexis Díaz-Pimienta, intègrent un vers en *lucumí* (langue ritualistique afro-cubaine), *
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