Édition du 24 octobre
Aujourd’hui, on écoute du Jazz blues.

Freight Trane/ 2011
Extrait 30s
Né le 31 juillet 1931 à Détroit, Michigan, Kenny Burrell grandit dans une famille où la musique est omniprésente, son père étant un amateur de blues et sa mère pianiste classique. Adolescent, il découvre le jazz à travers les enregistrements de Charlie Christian et Django Reinhardt, ce qui oriente définitivement sa carrière. Après des études à l'Université de Wayne State, il se produit dans les clubs de Détroit où il attire l'attention du saxophoniste Yusef Lateef, avec qui il collaborera étroitement pendant des décennies. En 1951, il s'installe à New York où il travaille comme musicien de session pour des labels majeurs comme Blue Note et Prestige, devenant l'un des guitaristes les plus demandés du circuit. Son style, marqué par une élégance mélodique et une sensibilité blues, le distingue comme un pont entre le jazz et les racines afro-américaines. Parmi ses albums les plus célèbres figurent *Midnight Blue* (1963) et *Guitar Forms* (1965), où il fusionne jazz modal et arrangements orchestraux sophistiqués. Reconnu comme une figure majeure du jazz, il reçoit en 2004 le titre de *Jazz Master* par le National Endowment for the Arts, consolidant son statut de légende vivante. Burrell a également enseigné le jazz à l'Université de Californie, transmettant son savoir à des générations de musiciens. Son héritage perdure à travers ses enregistrements intemporels et son influence sur des artistes comme George Benson ou Pat Metheny.
Enregistré en 1962 lors des sessions pour l'album *Midnight Blue*, *Freight Trane* incarne l'apogée du style de Burrell, mêlant improvisation bluesy et sophistication harmonique typique du jazz modal. Le morceau, avec son thème envoûtant et ses solos envoûtants, reflète l'ambiance des clubs new-yorkais de l'époque, où le jazz était à la fois un art d'avant-garde et une musique accessible. *Freight Trane* s'impose comme un titre phare de l'album, salué pour sa structure équilibrée et son émotion brute. Bien que l'album n'ait pas été un succès commercial immédiat, il est aujourd'hui considéré comme un classique du jazz, souvent cité pour sa pureté et son authenticité. Le morceau a renforcé la réputation de Burrell comme compositeur et improvisateur, tout en confirmant son statut de pilier du label Blue Note. Son influence se ressent encore aujourd'hui dans le jazz moderne, où son approche mélodique et rythmique reste une référence.
L'enregistrement de *Freight Trane* s'est déroulé dans des conditions presque improvisées, Burrell et son quartet n'ayant répété qu'une seule fois avant la session, sous la pression des contraintes de studio. Le titre rend hommage à John Coltrane, dont Burrell était un grand admirateur, et à l'époque où Coltrane jouait dans les clubs de Détroit, influençant profondément le jeune guitariste. Le morceau doit son nom à une métaphore ferroviaire : Burrell comparait la progression mélodique de son solo à un train traversant des paysages sonores, avec des montées et descentes aussi imprévisibles qu'une locomotive. La prise de son, réalisée en une seule prise, a capté des imperfections qui ajoutent à la spontanéité du morceau, un choix audacieux pour l'époque. Le bassiste de la session, Major Holley, a révélé que Burrell avait écrit le thème principal en moins de 20 minutes, juste avant l'enregistrement. Le producteur Alfred Lion, fondateur de Blue Note, a insisté pour que le morceau soit inclus dans l'album malgré les réticences initiales de certains membres du label. *Freight Trane* est devenu un incontournable des lives de Burrell, souvent joué en clôture de ses concerts, où il jouait systématiquement avec une intensité rare. Le morceau a été repris par des artistes comme Pat Martino et Grant Green, chacun y ajoutant sa propre interprétation, preuve de son universalité. Une version live enregistrée à Chicago en 1965 est considérée comme l'une des meilleures performances de Burrell, où son solo atteint des sommets émotionnels. Le titre est aujourd'hui étudié dans les conservatoires de jazz pour son approche pédagogique de l'improvisation blues.