
Everything Happens To Me/ 2009
Erroll Garner
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Extrait 30s
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Erroll Garner, né en 1921 à Pittsburgh, est l'un des pianistes de jazz les plus envoûtants et innovants du XXe siècle. Autodidacte précoce, il développe dès l'enfance un style unique, marqué par un sens mélodique exceptionnel et une approche rythmique audacieuse, malgré son incapacité à lire la musique. Dans les années 1940, il s'impose sur la scène new-yorkaise avec des performances électrisantes, mêlant virtuosité technique et une expressivité presque orchestrale. Son album *Concert by the Sea* (1955), enregistré en public, devient un classique instantané, capturant l'essence de son génie improvisateur. Garner a su transcender les frontières du jazz traditionnel, influençant des générations de musiciens, de Keith Jarrett à Ahmad Jamal. Son jeu, à la fois lyrique et percussif, a redéfini le rôle du piano dans le jazz moderne. Malgré son succès, il est resté attaché à son indépendance artistique, fondant son propre label dans les années 1960. Disparu en 1977, il laisse derrière lui une œuvre intemporelle, célébrée pour son émotion brute et son inventivité sans limites.
Enregistré en 1949, *Everything Happens To Me* est un joyau des premières années d'Erroll Garner, période où il affine son style entre bebop et ballades romantiques. Ce morceau, composé par Matt Dennis et Tom Adair, illustre son talent pour transformer des standards en pièces personnelles, grâce à son jeu harmonique riche et ses improvisations fluides. À l'époque, Garner est en pleine ascension, naviguant entre les clubs de la 52e Rue et les studios, où il enregistre pour des labels comme Savoy et Mercury. *Everything Happens To Me* se distingue par son atmosphère mélancolique, portée par un phrasé délicat et une rythmique subtile, typique de son approche « orchestrale » du piano. Bien que moins célèbre que ses albums live, ce titre est souvent cité par les critiques comme un exemple parfait de son art. Il préfigure son succès des années 1950, où il deviendra une figure incontournable du jazz mainstream.
Erroll Garner a enregistré *Everything Happens To Me* lors d'une session pour le label Savoy en 1949, aux côtés du contrebassiste John Simmons et du batteur Shadow Wilson, deux collaborateurs réguliers de l'époque. La prise originale, d'une durée de 3 minutes et 12 secondes, a été captée en une seule prise, comme souvent chez Garner, qui privilégiait l'énergie du direct. Le morceau était initialement une chanson populaire écrite pour Frank Sinatra, mais Garner en a fait une version instrumentale pure, supprimant les paroles pour se concentrer sur l'émotion mélodique. Lors de l'enregistrement, Garner a insisté pour que le microphone soit placé près du piano afin de capturer chaque nuance de son jeu, une technique encore peu courante à l'époque. Une version alternative, plus lente et plus introspective, a été découverte dans les archives de Savoy dans les années 2000, révélant un aspect méconnu de sa créativité. Le morceau a été repris plus tard par des artistes comme Chet Baker, qui en a fait une version vocale, mais c'est la version de Garner qui reste la référence. À sa sortie, le disque a reçu des éloges dans *DownBeat*, qui saluait sa « sensibilité presque cinématographique ». Garner lui-même considérait ce titre comme l'un de ses préférés, le jouant souvent en rappel lors de ses concerts. Un enregistrement live de 1954, capté au *The Haig* à Los Angeles, montre comment il transformait le morceau en une improvisation de près de dix minutes, prouvant sa maîtrise de l'art de la variation. Aujourd'hui, *Everything Happens To Me* est régulièrement utilisé dans des bandes originales de films, notamment pour son ambiance nostalgique et intemporelle.