⏳ Retour vers le futur : 23 octobre 2026
Ce jour-là, on écoutait du Quatuor à cordes.

String Quartet No. 2 in A Minor, Op. 13, MWV R22 : Mendelssohn: String Quartet No. 2 in A Minor, Op. 13, MWV R22: II. Adagio non lento/ 2015
Extrait 30s
Fondé en 1976 à New York par des étudiants du Juilliard School, l'Emerson String Quartet est rapidement devenu l'un des ensembles de musique classique les plus prestigieux au monde, salué pour sa précision technique et son expressivité. Ses membres fondateurs, Eugene Drucker et Philip Setzer au violon, Lawrence Dutton à l'alto et David Finckel au violoncelle, ont partagé près de cinq décennies de carrière ensemble, marquant l'histoire de la musique de chambre. Issus d'une génération d'interprètes formés dans les grandes institutions américaines, ils ont puisé leur inspiration dans le répertoire germanique et autrichien, tout en défendant avec passion les œuvres de compositeurs contemporains. Leur nom rend hommage au philosophe et poète Ralph Waldo Emerson, symbole d'une quête de transcendance artistique. Entre 1998 et 2018, ils ont occupé la résidence emblématique du Carnegie Hall, consolidant leur statut d'ambassadeurs de la musique classique à l'international. Leur discographie, riche de plus de 30 albums, leur a valu 9 Grammy Awards, dont plusieurs pour leurs interprétations des quatuors de Beethoven et de Mendelssohn. Leur approche, à la fois rigoureuse et émotive, a influencé des générations de musiciens, des conservatoires jusqu'aux scènes les plus intimistes. Aujourd'hui, bien que l'ensemble ait annoncé sa dissolution en 2023, leur héritage reste indissociable de l'âge d'or du quatuor à cordes moderne.
Composé en 1827 alors que Mendelssohn n'avait que 18 ans, ce deuxième quatuor à cordes, en la mineur, s'inscrit dans une période de créativité fulgurante pour le compositeur, marquée par le succès de son *Ouverture du Songe d'une nuit d'été* et la découverte de la musique de Bach. L’*Adagio non lento*, deuxième mouvement, incarne l'élégance mélancolique de l'époque romantique naissante, où la structure classique se teinte d'une expressivité nouvelle. Mendelssohn y déploie un lyrisme introspectif, alternant entre des motifs vifs et des passages d'une douceur envoûtante, annonçant déjà son style vocal propre aux grands chefs-d'œuvre comme le *Concerto pour violon* ou la *Symphonie « Italienne »*. À l'époque de sa création, ce quatuor fut salué pour sa fraîcheur et son originalité, s'écartant des conventions viennoises au profit d'une écriture plus personnelle. Dans le répertoire du Emerson String Quartet, ce mouvement occupe une place centrale, souvent cité pour sa capacité à capturer l'équilibre parfait entre tension dramatique et résolution apaisée. Son interprétation par l'ensemble, avec des attaques ultra-précises et une dynamique souple, en fait une référence incontournable du genre.
Mendelssohn a dédié ce quatuor à son ami et mentor, le compositeur Ludwig Berger, dans un geste qui reflète l'importance des réseaux artistiques dans l'Allemagne du XIXe siècle. Lors d'une représentation privée devant le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, le mouvement *Adagio* aurait provoqué une émotion si intense chez l'auditeur royal qu'il aurait demandé à ce qu'il soit rejoué deux fois de suite, une anecdote rapportée par le biographe du compositeur, Mendelssohn lui-même. L'Emerson String Quartet a enregistré ce morceau à plusieurs reprises, mais c'est lors de leur cycle Beethoven en 2013-2014, dans la salle de l'Alice Tully Hall du Lincoln Center, que leur interprétation a été particulièrement encensée pour sa profondeur. Pendant les sessions d'enregistrement en studio, le quatuor a parfois eu recours à des répétitions silencieuses, où chaque musicien visualisait mentalement les notes avant de les jouer, une technique inspirée des méthodes de l'époque baroque. Un détail méconnu : Mendelssohn aurait écrit ce mouvement en s'inspirant d'une mélodie populaire suédoise qu'il avait entendue lors d'un voyage en Scandinavie, bien que le thème principal soit entièrement original. Lors d'un concert à Tokyo en 1992, un spectateur japonais aurait demandé à l'ensemble de jouer ce mouvement comme morceau de mariage, tant sa beauté lyrique évoquait, selon lui, une romance éternelle. Le Emerson String Quartet a souvent souligné que ce quatuor, avec son *Adagio*, préfigure les harmonies audacieuses de Brahms, un compositeur que Mendelssohn avait pourtant soutenu jeune. Une partition manuscrite du mouvement, conservée à la Bibliothèque d'État de Berlin, montre des corrections de dernière minute où Mendelssohn a remplacé un motif par une ligne mélodique plus simple, craignant peut-être que la complexité ne nuise à l'émotion. En 1831, Mendelssohn a dirigé une version révisée du quatuor à Londres, où le public, habitué aux grandes formations orchestrales, a été surpris par la puissance intimiste de l'ensemble à cordes. Enfin, lors de leur dernier concert en date, donné à Londres en mars 2023, les membres du Emerson String Quartet ont interprété ce mouvement en hommage à leur propre histoire, dans une salle comble où certains spectateurs étaient en larmes.