L’enregistrement original de *Le tiers chant* a nécessité plusieurs prises en studio, Ferrat étant connu pour son perfectionnisme et son exigence envers les musiciens. Les chœurs, interprétés par les sœurs Étienne, ont été ajoutés en post-production après que Ferrat eut rejeté plusieurs versions live jugées insuffisantes. La mélodie, initialement conçue pour une guitare classique, a été réorchestrée pour intégrer un quatuor à cordes et un piano, sous la direction de l’arrangeur Alain Goraguer, qui avait déjà collaboré avec Serge Gainsbourg. Le titre du poème d’Aragon, *Le tiers-chant*, fait référence à une théorie poétique selon laquelle un poème doit contenir trois voix : celle du poète, celle du monde et celle de l’amour, une allégorie que Ferrat a reprise pour évoquer l’unité des luttes sociales. Lors d’un concert à l’Olympia en 1965, Ferrat a improvisé une introduction parlée avant d’entamer *Le tiers chant*, provoquant une ovation debout du public, habitué à des chansons plus directes. Le morceau a été interdit de diffusion sur certaines stations de radio publiques en raison de ses paroles jugées trop subversives, une censure qui a paradoxalement contribué à sa légende. Ferrat a révélé plus tard que l’idée de la chanson lui était venue lors d’un voyage en URSS, où il avait été frappé par les inégalités sociales malgré le discours officiel de justice sociale. Une version live de *Le tiers chant* enregistrée en 1970 lors d’un concert à la Mutualité à Paris figure sur l’album *Ferrat 71*, où la ferveur du public transforme le morceau en véritable hymne. Le titre a été repris par plusieurs artistes, dont Isabelle Aubret et Francesca Solleville, mais Ferrat lui-même refusait que ses chansons soient réinterprétées, sauf exception. Dans une interview de 1990, Ferrat a confié que *Le tiers chant* était l’une des rares chansons dont il était entièrement satisfait, tant sur le plan musical que lyrique.