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Ce jour-là, on écoutait de la Chanson française politique.

Chanson française🎵 Morceau
Jean Ferrat - Le tiers chant

Le tiers chant/ 1988

Jean Ferrat

Extrait 30s

À propos

Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, naît en 1930 dans une famille modeste d’origine juive immigrée de Russie. Bercé par la musique classique et le jazz, il se produit d’abord comme guitariste de jazz manouche avant de se tourner vers la chanson. Son parcours est marqué par la guerre et l’Occupation, des expériences qui nourriront plus tard ses textes engagés. En 1958, il rencontre Léo Ferré, qui l’encourage à écrire ses propres chansons et lui suggère de prendre le pseudonyme de Ferrat. Son premier succès arrive en 1959 avec *Ma môme*, une ode à l’amour simple qui contraste avec la complexité de ses futurs textes. Entre les années 1960 et 1970, Ferrat s’impose comme l’un des piliers de la chanson française engagée, aux côtés d’Aragon et de ses paroliers de choix comme Henri Gougaud. Compositeur exigeant, il maîtrise l’orchestration et intègre des influences variées, du classique au folk, tout en restant ancré dans un réalisme social. Artiste indépendant, il refuse les compromissions commerciales et les pressions politiques, ce qui lui vaut une reconnaissance unanime mais une diffusion limitée dans les médias dominants. Ferrat s’éteint en 2012, laissant derrière lui un héritage de plus de 20 albums et une œuvre qui continue de résonner comme un symbole de résistance et de poésie.

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Écrit en 1963 et paru sur l’album *Les Chansons d’Aragon par Ferrat*, *Le tiers chant* s’inscrit dans une période où Ferrat affine son style entre lyrisme révolutionnaire et mélodies accessibles. Le morceau est inspiré par le poème *Le Tiers-Chant* de Louis Aragon, extrait du recueil *Le Roman inachevé*, et s’inscrit dans la tradition de la chanson poétique française, tout en y intégrant une dimension politique et sociale. En pleine guerre froide et à l’aube des mouvements contestataires de mai 68, le texte de Ferrat, mis en musique avec une orchestration riche et des harmonies vocales complexes, devient un hymne à la lutte des classes et à l’espoir révolutionnaire. Contrairement à d’autres titres engagés de Ferrat, *Le tiers chant* se distingue par sa structure musicale élaborée, mélangeant polyphonies et arrangements orchestraux qui rappellent le classique. Le succès commercial est modéré à sa sortie, mais le morceau gagne en stature au fil des années, devenant un classique de son répertoire et un symbole de la chanson française engagée. Il marque un tournant dans sa carrière, confirmant Ferrat comme un auteur-compositeur à part entière, capable d’élever le texte poétique au rang de chant militant.

L’enregistrement original de *Le tiers chant* a nécessité plusieurs prises en studio, Ferrat étant connu pour son perfectionnisme et son exigence envers les musiciens. Les chœurs, interprétés par les sœurs Étienne, ont été ajoutés en post-production après que Ferrat eut rejeté plusieurs versions live jugées insuffisantes. La mélodie, initialement conçue pour une guitare classique, a été réorchestrée pour intégrer un quatuor à cordes et un piano, sous la direction de l’arrangeur Alain Goraguer, qui avait déjà collaboré avec Serge Gainsbourg. Le titre du poème d’Aragon, *Le tiers-chant*, fait référence à une théorie poétique selon laquelle un poème doit contenir trois voix : celle du poète, celle du monde et celle de l’amour, une allégorie que Ferrat a reprise pour évoquer l’unité des luttes sociales. Lors d’un concert à l’Olympia en 1965, Ferrat a improvisé une introduction parlée avant d’entamer *Le tiers chant*, provoquant une ovation debout du public, habitué à des chansons plus directes. Le morceau a été interdit de diffusion sur certaines stations de radio publiques en raison de ses paroles jugées trop subversives, une censure qui a paradoxalement contribué à sa légende. Ferrat a révélé plus tard que l’idée de la chanson lui était venue lors d’un voyage en URSS, où il avait été frappé par les inégalités sociales malgré le discours officiel de justice sociale. Une version live de *Le tiers chant* enregistrée en 1970 lors d’un concert à la Mutualité à Paris figure sur l’album *Ferrat 71*, où la ferveur du public transforme le morceau en véritable hymne. Le titre a été repris par plusieurs artistes, dont Isabelle Aubret et Francesca Solleville, mais Ferrat lui-même refusait que ses chansons soient réinterprétées, sauf exception. Dans une interview de 1990, Ferrat a confié que *Le tiers chant* était l’une des rares chansons dont il était entièrement satisfait, tant sur le plan musical que lyrique.

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