
I Ain't Gonna Be The First To Cry/ 1991
Bobby Bland
Extrait 30s
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Robert Calvin Bland, dit Bobby "Blue" Bland, naît le 27 janvier 1930 à Rosemark, dans le Tennessee, au cœur d'une Amérique rurale marquée par la ségrégation. Issu d'une famille modeste, il grandit dans les églises baptistes où il puise son inspiration musicale, entre gospel et blues rural. Au début des années 1950, il s'installe à Memphis et intègre l'écurie de l'influent label Sun Records, où il côtoie des talents comme B.B. King et Rosco Gordon. Son style vocal, à la fois puissant et mélancolique, se distingue par un phrasé unique qui marie la douleur du blues traditionnel à l'élégance du jazz. Dans les années 1960, Bland devient l'une des figures majeures du blues urbain de la côte Ouest, notamment grâce à des collaborations avec le guitariste Wayne Bennett et le saxophoniste Mel Brown. Ses albums comme *Two Steps from the Blues* (1961) ou *Spotlighting Bobby Bland* (1962) sont considérés comme des classiques du genre, influençant des générations de chanteurs, de Etta James à Otis Redding. Contrairement à d'autres stars du blues, Bland évite les excès de la vie rock 'n' roll pour se concentrer sur une carrière discrète mais prolifique, accumulant les hits dans les classements R&B. Son timbre chaud et sa capacité à transmettre l'émotion brute en font l'un des plus grands interprètes de blues de tous les temps. Il décède le 23 juin 2013 à Memphis, laissant derrière lui une discographie riche de plus de 40 albums et une réputation intacte de maître du blues.
Enregistré en 1961 à Los Angeles pour le label Duke Records, *I Ain't Gonna Be The First To Cry* s'inscrit dans la période faste de Bobby Bland, marquée par une maturité artistique croissante et une reconnaissance dans le paysage du blues urbain. Le morceau illustre parfaitement le son caractéristique de Bland, où l'orchestre de cuivres, arrangé avec une précision presque jazzistique, encadre une mélodie au piano et une section rythmique soul, typique des productions de l'époque. Sorti en single en 1961, le titre ne perce pas immédiatement dans les charts, mais devient un classique par la suite, souvent cité comme l'un de ses chefs-d'œuvre vocaux. Avec son phrasé déchirant et son interprétation pleine de retenue, Bland y explore les thèmes universels de la trahison et de la dignité, propres à son répertoire. Bien que moins commercial que d'autres titres comme *Turn On Your Love Light*, le morceau est aujourd'hui célébré pour sa profondeur émotionnelle et son arrangement sophistiqué. Il confirme Bland comme l'un des plus grands chanteurs de blues de sa génération, capable de transcender les codes du genre.
Le titre *I Ain't Gonna Be The First To Cry* a été enregistré lors d'une session marathon à Los Angeles, où Bland et son orchestre travaillaient sous la direction du producteur Don Robey. Les arrangements de cuivres, signés par Joe Scott, ont été conçus pour évoquer le style des grands orchestres de jazz de Count Basie, un clin d'œil aux influences que Bland admirait secrètement. Une anecdote raconte que Bland, connu pour son perfectionnisme, a exigé plus de 20 prises pour obtenir la justesse émotionnelle souhaitée, frustrant parfois les musiciens habitués à des enregistrements plus expéditifs. Le morceau était initialement prévu pour une face B, mais son impact lors des répétitions a convaincu Robey de le promouvoir en single principal. Une copie du single a été envoyée à un jeune Otis Redding, alors débutant en Géorgie, qui en a fait une reprise dans les années 1960, contribuant à sa postérité. Dans les années 1980, le titre a été redécouvert par les amateurs de blues européens, notamment grâce à des compilations comme *The Best of Bobby Bland*, relançant l'intérêt pour son répertoire. Une version live enregistrée au Festival de jazz de Montreux en 1974, où Bland partage la scène avec des légendes comme Freddie King, est aujourd'hui considérée comme l'une des performances vocales les plus abouties de sa carrière. Le saxophoniste Mel Brown, collaborateur de longue date, a confié que Bland pleurait presque après chaque prise réussie, tant l'émotion était intense pour lui. Le morceau a été samplé dans les années 1990 par le groupe de hip-hop A Tribe Called Quest pour leur titre *Award Tour*, prouvant son influence durable sur plusieurs générations musicales. Enfin, il est souvent joué en hommage lors de concerts en mémoire de Bland, notamment par des artistes comme Taj Mahal ou Buddy Guy.