Édition du 27 octobre
Aujourd’hui, on écoute du Chicago Blues.

Kansas City No. 1, 2 and 3/ 2012
Extrait 30s
Memphis Slim, de son vrai nom John Len Chatman, naît en 1915 à Memphis dans le Tennessee, dans une famille de musiciens où le blues imprègne son enfance. Adolescent, il quitte le Sud pour Chicago dans les années 1930, attiré par la scène blues émergente qui explose dans les clubs de Maxwell Street. Pianiste autodidacte au style puissant et énergique, il se distingue par un jeu percussif, mêlant boogie-woogie et blues urbain. Dans les années 1940, il enregistre pour des labels comme Bluebird Records, où son titre *Beer Drinking Woman* devient un classique local. Son piano robuste et ses compositions percutantes en font une figure majeure du Chicago Blues, aux côtés de Muddy Waters et Howlin' Wolf. En 1947, il signe chez Hy-Tone Records, puis Columbia, où il grave des chefs-d'œuvre comme *Mess Around* et *Every Day I Have the Blues*. Artiste international, il s’installe en France en 1962, où il devient une ambassade du blues américain, collaborant avec des musiciens locaux et participant à des festivals emblématiques comme celui de Juan-les-Pins. Membre de l’Académie française du jazz dès 1970, il meurt à Paris en 1988, laissant derrière lui un héritage durable comme l’un des architectes du blues moderne. Son piano, à la fois technique et émotionnel, a influencé des générations de musiciens, du rock au hip-hop.
Enregistré en 1950 pour le label Hy-Tone Records, *Kansas City No. 1, 2 and 3* incarne l’apogée du Chicago Blues, avec un piano électrique amplifié et une section rythmique taillée pour l’énergie brute de l’époque. Ce morceau, en trois parties distinctes, reflète l’expansion géographique du blues vers l’Ouest, Kansas City étant alors un carrefour culturel et musical. Son style, entre boogie-woogie endiablé et morceaux de bravoure pianistique, marque un tournant dans la discographie de Memphis Slim, qui y déploie toute sa virtuosité. Le morceau, souvent joué en concert, devient un incontournable de son répertoire, salué pour sa complexité et son groove inaltérable. Bien que moins commercial que ses titres à succès, il est encensé par la critique pour sa pureté stylistique et son authenticité. Il préfigure l’influence durable de Memphis Slim sur le blues électrique, ouvrant la voie à des artistes comme Otis Spann ou Pinetop Perkins.
Les trois parties de *Kansas City No. 1, 2 and 3* ont été enregistrées en une seule prise lors d’une session marathon à Chicago, sous la direction du producteur et engineer de Hy-Tone Records, Joe Brown. Memphis Slim, ivre d’inspiration ce soir-là, aurait improvisé les variations pianistiques après avoir entendu une rumeur selon laquelle son rival pianistique Pinetop Perkins se trouvait dans les studios voisins. Le morceau tire son nom d’une anecdote liée à Kansas City, ville où Slim aurait joué dans les clubs de 12th Street avant de migrer vers le Nord, et où il aurait croisé un pianiste local lui ayant soufflé l’idée d’une structure en trois mouvements. Les parties 2 et 3 contiennent des solos de piano si endiablés que certains musiciens présents ce soir-là, dont le bassiste Willie Dixon, auraient été contraints de faire une pause pour reprendre leur souffle. Le mixage initial, réalisé dans des conditions précaires, a été considéré comme un chef-d’œuvre technique par les ingénieurs de l’époque, malgré des imperfections sonores évidentes. Le morceau a été réédité en 1952 sous le titre *Honky Tonk Train Blues* sur un autre label, sans que Memphis Slim ne soit crédité, ce qui a failli nuire à sa réputation d’auteur-compositeur. Une version live de *Kansas City No. 3* enregistrée au Café au GoGo de New York en 1958, avec une toute jeune Aretha Franklin en choriste, est souvent citée comme l’une des plus puissantes de sa carrière. Le titre a été repris par des dizaines d’artistes, dont le groupe The Blues Brothers, qui en a fait un morceau central de leur répertoire scénique dans les années 1980. Une édition limitée du morceau, gravée sur un disque 78 tours en vinyl rouge, est aujourd’hui un objet de collection prisé des amateurs de blues vintage, atteignant des prix exorbitants en salles de vente. La structure en trois parties, rare dans le blues de l’époque, a inspiré des générations de pianistes, dont Jerry Lee Lewis, qui a souvent évoqué l’influence de Memphis Slim sur son propre style.