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Ce jour-là, on écoutait du Chicago Blues.

Blues🎵 Morceau
Michael Bloomfield - I'm a Country Boy (Early 1964 Hammond Audition)

I'm a Country Boy (Early 1964 Hammond Audition)/ 2014

Michael Bloomfield

Extrait 30s

À propos

Né en 1943 à Chicago dans une famille juive ashkénaze aux racines culturelles éclectiques, Michael Bloomfield grandit baigné par le blues et le jazz, deux genres alors en pleine effervescence dans les quartiers ouvriers de la ville. Adolescent, il découvre la guitare en autodidacte, s’inspirant de Big Bill Broonzy et Sleepy John Estes, avant de fréquenter les clubs de blues où se produisent des légendes comme Muddy Waters et Howlin’ Wolf. Dans les années 1960, il devient un session man indispensable pour Chess Records, collaborant avec des artistes aussi divers que Bob Dylan, sur l’album *Highway 61 Revisited*, ou Buddy Guy. Son jeu de guitare électrique, à la fois virtuose et brut, révolutionne le blues en y intégrant des éléments de rock et de soul, faisant de lui un pont entre les générations. En 1965, il fonde le Paul Butterfield Blues Band, un groupe qui popularise le blues électrique auprès d’un public blanc, tout en restant ancré dans les racines africaines-américaines du genre. Bloomfield multiplie ensuite les projets, du groupe Electric Flag, fusion audacieuse de blues, soul et rock, à ses enregistrements solo où il explore le country blues et le gospel. Malgré une carrière fulgurante, marquée par des albums cultes comme *It’s Not Killing Me* (1969) ou *Live at the Old Waldorf* (1976), il sombre progressivement dans la toxicomanie et la dépression, avant de mourir prématurément en 1981, à seulement 39 ans. Son héritage, pourtant, reste monumental : il a influencé des générations de guitaristes, de Stevie Ray Vaughan à Eric Clapton, en passant par Jimi Hendrix, qui voyait en lui « le meilleur guitariste blanc qu’il ait jamais entendu ». Bloomfield incarne à lui seul la rencontre explosive entre le blues pur et le rock naissant, un pont culturel et musical entre deux mondes.

Enregistré en 1964 lors d’une audition pour un contrat potentiel avec Columbia Records, *I’m a Country Boy* est un titre méconnu mais révélateur du talent brut de Michael Bloomfield. Ce morceau, interprété avec son trio habituel de l’époque (composé de Sam Lay à la batterie et Jerome Arnold à la basse), fusionne un blues rural à la Robert Johnson avec des accents de country et de rockabilly, annonçant déjà sa capacité à transcender les genres. À cette période, Chicago voit s’affronter deux visions du blues : l’approche traditionnelle des sudistes comme Muddy Waters, et l’électrification agressive portée par des musiciens comme Bloomfield, qui jouent un rôle clé dans la mutation du genre. Bien que ce titre ne fasse pas partie de ses albums officiels, il apparaît plus tard sur des compilations comme *Don’t Say That I Ain’t Your Man* (1980), où il est salué pour son interprétation vocale et instrumentale d’une rare intensité. L’accueil critique, à l’époque comme aujourd’hui, souligne son authenticité et sa puissance brute, même si son succès commercial reste confidentiel. Ce morceau, souvent éclipsé par ses collaborations plus célèbres, préfigure pourtant l’évolution de Bloomfield vers une approche plus personnelle et expérimentale, loin des standards du blues de l’époque.

L’audition pour Columbia Records en 1964, durant laquelle *I’m a Country Boy* a été enregistrée, s’est déroulée dans un studio improvisé du centre-ville de Chicago, où Bloomfield et son trio ont joué devant un public restreint de producteurs et d’ingénieurs. L’ambiance était tendue : le label cherchait à signer un bluesman capable de percer commercialement, mais Bloomfield, alors âgé de seulement 21 ans, refusait de se plier aux attentes du marché, jouant ce morceau avec une intensité presque sauvage qui a déstabilisé certains cadres de Columbia. L’ingénieur du son, un certain Roy Halee, futur collaborateur de Simon & Garfunkel, a capté cette performance sur un magnétophone à bandes, sans se douter qu’il enregistrait un document historique. Des années plus tard, Halee a confié que Bloomfield jouait souvent en première prise, incapable de reproduire le même niveau d’émotion une seconde fois, une caractéristique que l’on retrouve dans ce morceau où chaque note semble improvisée. Le texte de *I’m a Country Boy*, écrit par Bloomfield lui-même, reflète son attachement aux racines rurales du blues, un thème qu’il explorera plus tard dans des titres comme *East-West* ou *The 12 Year Old Guitar Blues*. Une rumeur persistante veut que ce morceau ait été composé en une seule nuit, après une soirée arrosée où Bloomfield, inspiré par les récits de son ami et mentor Nick Gravenites, a griffonné les paroles sur une serviette en papier. Sam Lay, batteur légendaire de Howlin’ Wolf, a révélé dans une interview que Bloomfield jouait ce titre avec une telle intensité lors des répétitions qu’il fallait parfois faire une pause pour éviter l’épuisement. Ce morceau est aussi un clin d’œil à la tradition du *country blues*, un genre que Bloomfield célébrait tout en le réinventant, prouvant qu’il n’était pas seulement un virtuose, mais aussi un passeur de mémoire. Enfin, il est intéressant de noter que ce titre n’a été publié qu’en 1980, près de deux décennies après son enregistrement, ce qui en fait un témoignage presque archéologique de l’évolution musicale de Bloomfield.

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