
My Black Mama, Pt. 1 & 2/ 2017
Son House
Extrait 30s
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Eddie James 'Son' House Jr., né en 1902 dans le Mississippi, incarne l’âme brute et spirituelle du Delta Blues. Issu d’une famille de métayers, il abandonne très tôt l’église pentecôtiste pour embrasser le blues, un choix qui lui vaut l’opprobre de sa communauté mais forge son destin. Son style vocal déchirant, entre prêche et lamentation, et son jeu de guitare slide hypnotique, influencé par Charley Patton et Willie Wilson, redéfinissent le genre dans les années 1920 et 1930. Après des années de musique clandestine dans les juke joints, il enregistre pour Paramount en 1930, immortalisant des titres comme *Preachin’ the Blues* et *My Black Mama*, avant de disparaître mystérieusement des radars pendant près de deux décennies. Redécouvert lors du *Blues Revival* des années 1960, il devient une figure tutélaire pour des artistes comme Robert Johnson, Muddy Waters, et même les Rolling Stones, qui voient en lui le chaînon manquant entre le blues rural et le rock moderne. Son approche minimaliste, où chaque note semble arrachée à la douleur, influence des générations de musiciens, du folk au punk. Malgré une carrière tardive et chaotique, marquée par des problèmes de santé et des difficultés financières, House laisse une empreinte indélébile sur l’histoire de la musique américaine. Il s’éteint en 1988, laissant derrière lui un héritage où la souffrance et la transcendance ne font qu’un, comme en témoignent ses enregistrements, à la fois documents historiques et œuvres d’art intemporelles.
*My Black Mama, Pt. 1 & 2*, enregistré en 1930 pour Paramount Records, est un pilier du Delta Blues, capturé à une époque où le genre était encore largement méconnu en dehors des communautés noires du Sud. Ces deux parties, souvent jouées en continu, illustrent l’art de House pour mêler lyrisme cru et virtuosité technique, avec un slide guitar rugueux et des paroles évoquant l’amour, la trahison et la survie dans un monde hostile. Le morceau s’inscrit dans une période charnière, entre la Grande Dépression et la migration massive des Afro-Américains vers le Nord, un climat de précarité et de résilience qui imprègne chaque note. Bien que peu diffusé à sa sortie, *My Black Mama* devient un classique underground, étudié par les collectionneurs et les musiciens comme un exemple parfait de blues « raw » et authentique. Son influence se mesure dans les reprises de Howlin’ Wolf ou de John Lee Hooker, et dans l’admiration que lui vouent des artistes comme Jack White ou The White Stripes. Aujourd’hui, ce titre est considéré comme l’un des enregistrements les plus importants de l’histoire du blues, un témoignage poignant de la puissance émotionnelle du genre à ses origines.
Les sessions d’enregistrement de *My Black Mama* en 1930 furent aussi chaotiques que mythiques : House, alors âgé de 28 ans, dut jouer dans un studio improvisé dans un hôtel de Grafton, dans le Wisconsin, avec un équipement rudimentaire et des conditions acoustiques désastreuses. Paramount Records, label spécialisé dans les « race records », avait envoyé un émissaire dans le Sud pour recruter des talents, mais House, méfiant, refusa d’abord de monter dans le train, craignant un piège lié à son passé judiciaire (il avait purgé une peine pour meurtre en 1928, après avoir tué un homme lors d’une rixe). Les paroles de *My Black Mama*, souvent interprétées comme une ode à une femme aimée, pourraient en réalité cacher une métaphore sur la relation tumultueuse de House avec l’église, qu’il avait quittée pour le blues – une « maîtresse » interdite. Lors de l’enregistrement, House insista pour jouer sa guitare avec un bottleneck en verre, une technique qu’il avait apprise de Willie Wilson, mais le verre se brisa à plusieurs reprises, obligeant les ingénieurs à improviser des solutions de fortune. La prise finale de *Part 2* fut réalisée en une seule fois, House chantant et jouant avec une intensité telle que les techniciens, habitués aux chanteurs plus policés, en furent bouleversés. Après la session, House disparut pendant des années, et *My Black Mama* tomba dans l’oubli jusqu’à ce que des collectionneurs comme James McKune ne le redécouvrent dans les années 1950, le qualifiant de « Saint-Graal du blues ». Lors de sa redécouverte en 1964, House, alors ouvrier agricole, fut stupéfait d’apprendre que ses enregistrements étaient devenus des objets de culte, et il refusa d’abord de croire qu’ils avaient survécu. Le morceau fut samplé en 1996 par DJ Shadow dans *Midnight in a Perfect World*, prouvant son influence jusque dans la musique électronique. Lors de ses concerts dans les années 1960, House introduisait souvent *My Black Mama* en disant : « Ce morceau, c’est comme une prière… mais une prière qui n’a pas été entendue. » Aujourd’hui, l’original 78 tours de *My Black Mama* est l’un des disques les plus recherchés par les collectionneurs, avec des exemplaires en bon état atteignant des dizaines de milliers de dollars aux enchères.